L'Entreprise curieuse

CURIOSIMETRE

pourquoi ce n’est pas si simple d’être curieux

La curiosité, c’est le désir de savoir, de connaitre.

Désir plus qu’essentiel dans notre société, compte tenu des évolutions rapides. Si on n’a pas cet élan pour apprendre, aller plus loin que ce qu’on sait déjà, remettre en question ce que l’on sait et découvrir encore et toujours de nouvelles choses, on finit par être très vite dépassé…

Mais la curiosité est-elle à la portée de tous ? Et bien, oui… et non.. La curiosité est à la fois naturelle et contre-nature.

Elle est naturelle, car enfant, on est (nait) curieux. Notre réservoir de connaissances et d’expériences est vide. Alors, on cherche spontanément à le remplir. On explore, on découvre, on pose des questions. Bref, on a soif d’apprendre.

Et puis, cette curiosité devient de plus en plus contre-nature, car plus on grandit, plus on remplit notre réservoir de connaissances et d’expériences et plus notre soif d’apprendre est alors comblée. On est donc plus susceptible de perdre en curiosité. C’est en tout cas un risque, si on n’y prend pas garde. L’un des obstacles à la curiosité, parmi tant d’autres… 

Obstacle N°1 à la curiosité = quand nos connaissances se transforment en certitude

Il est par conséquent important de nettoyer et vidanger régulièrement notre réservoir (en tous cas une partie). Une pratique qui permet de refaire de la place dans notre réservoir et ainsi de retrouver notre curiosité. C’est ce que font les personnes qui savent particulièrement remettre en question leurs savoirs, leurs pratiques, leurs connaissances. Le monde évoluant aujourd’hui très vite, c’est indispensable. C’est exactement ce dont témoigne Anthony dans cette interview.

Par exemple, vous avez surement appris à l’école que Pluton était une planète. Sans curiosité d’une part des scientifiques à remettre en question cette « vérité », et sans capacité de notre part à remettre en question notre savoir, on serait restés avec cette certitude.

Mais finalement quand il s’agit d’un savoir qui ne nous implique pas personnellement, ça va encore. Ça demande juste de remettre à jour nos connaissances. Mais quand ça vient remettre en question quelque chose qui nous tient davantage à cœur, là, ça peut être beaucoup plus compliqué. On peut alors se fermer, perdre en curiosité, quitte à s’éloigner de la réalité…

C’est ce qui se passe très régulièrement en entreprise. Quand quelqu’un vient remettre en question un process par exemple. Tous ceux qui ont mis le process précédent en place vont avoir tendance à se fermer, à se rigidifier. Bref à se montrer moins curieux car ils se sentent remis en question. C’est l’égo qui rentre alors en jeu. Ego dont le but est de préserver et valoriser notre image. Ce qui peut nous amener à voir comme menaçante toute idée allant à l’encontre des nôtres.

citation Adam Grant

Et ça, c’est important de s’en rendre compte. C’est un réflexe humain. Ça touche même ceux qui se considèrent comme très curieux. Il est donc essentiel d’apprendre à distinguer ses idées de son identité.

Obstacle N°2 à la curiosité = quand notre cerveau nous joue des tours

Des biais cognitifs sont aussi à l’œuvre. Nous en sommes tous victimes. Mais plus on en a conscience, plus on peut être vigilants et ainsi les contourner.

Citons par exemple l’un des plus connu : le biais de confirmation. Imaginons que je pense faire preuve de curiosité en m’intéressant au metaverse. En fonction de mon à priori sur le sujet, je vais, malgré moi, ne retenir que les informations qui vont aller dans le sens de ce que je pense initialement.

Et si je n’ai pas d’à priori ? Alors, le biais d’ancrage peut jouer. Il est fort à parier que je vais me construire un avis qui ira dans le sens du premier article que je vais lire sur le sujet.

Enfin, parlons de l’effet Duning Kruger qui consiste à surestimer ses connaissances dans un domaine par rapport à des gens plus qualifiés. Ces personnes-là, à l’inverse, sont plus prudentes dans l’affirmation de leurs savoirs. Prenons l’exemple récent de la guerre en Ukraine. Combien de personnes autour de vous se sont autoproclamées expertes en géopolitique parce qu’elles avaient lu quelques articles sur le sujet. Elles affirmaient alors ce qu’il était bon de faire ou ne pas faire, contrairement aux experts qui, eux, étaient beaucoup plus prudents et nuancés.

illustration effet Duning Kruger

Mais alors que faut-il faire ? Et bien, ne jamais estimer qu’on sait tout. Ne pas arrêter sa curiosité parce qu’on pense être arrivés. Il n’y a pas de ligne d’arrivée. Et comme le disait si bien Einstein : « plus j’apprends et plus je réalise que je ne sais pas ». Ainsi on passe d’un réservoir avec une capacité limitée, à un puits sans fond.

Obstacle N°3 à la curiosité = quand les algorithmes biaisent notre vision de la réalité

Nous n’avons jamais eu autant accès à l’information. Mais devant cette profusion d’informations, difficile de faire le tri. Mais pas de panique, les algorithmes sont là pour nous aider… Enfin, nous aident-ils vraiment ? En l’occurrence, ils nous amènent à nous conduire de façon passive face à l’information, notamment sur les réseaux sociaux. Nos fils d’actualité nous enferment alors dans des bulles. D’abord parce que nos contacts sont des gens qui nous ressemblent, qui pensent comme nous. Et ensuite parce que le but de ces plateformes est de nous garder connectés le plus longtemps possible. Pour cela, ils ont tout intérêt à mettre sous nos yeux, des choses qui nous parlent, avec lesquelles nous sommes en accord ou qui vont nous faire réagir par des likes, des commentaires, des partages etc. Bref, si on n’y prend pas garde on peut vite croire que tout ça est représentatif de la réalité, alors que c’est surtout représentatif de qui nous sommes et de ce à quoi nous croyons.

Il est donc essentiel de rester acteur de l’information en variant les sources et en s’informant aussi de leur pertinence…

Obstacle N°4 à la curiosité = quand notre éducation nous a appris que la curiosité était un vilain défaut

Qui n’a pas déjà entendu cette phrase ? C’est confondre deux choses : la curiosité et l’indiscrétion.

Par peur d’être trop indiscret, nous n’osons pas toujours nous montrer curieux envers les autres. Or, c’est une erreur qui se paie chère en entreprise. Rappelons-nous que le besoin de reconnaissance est un besoin universellement partagé et trop peu comblé dans les organisations. N’y a-t-il pas plus de personnes qui souffrent du sentiment qu’on ne s’intéresse pas à eux, plutôt que de personnes qui reprocheraient qu’on s’intéresse trop à eux.  Comment dire qu’on met l’humain au cœur de l’entreprise si on ne s’intéresse pas profondément aux personnes qui se cachent derrière les fonctions ? Et puis, plus on s’intéresse aux gens, plus on les comprend, moins on est dans l’interprétation et le jugement et plus on arrive à travailler efficacement ensemble. C’est exactement ce dont témoigne Vanessa dans cette interview.

En réalité, cette expression est souvent utilisée comme barrière quand les questions ne sont pas indiscrètes, mais gênantes car les réponses demandent peut être davantage d’explications, de transparence ou de courage. C’est compréhensible. Mais aujourd’hui on arrive clairement aux limites de ces mécanismes de protection. Comment prendre en compte le besoin de sens des salariés, attendre d’eux qu’ils s’impliquent davantage et soient plus responsables si en parallèle on leur rétorque continuellement qu’ils posent trop de questions ?

Obstacle N°5 à la curiosité = quand on n’a pas le temps !

Enfin, autre élément à combattre pour rester curieux : le temps. C’est souvent le premier frein qu’on entend : « je n’ai pas le temps ». Pas le temps d’aller à des conférences, de regarder telle émission, de lire etc… Notre conviction c’est que la curiosité, c’est certes investir un peu de temps et d’efforts au préalable, mais pour un gain de temps énorme ensuite. Prenons l’exemple d’une nouvelle technologie qui émerge. Plus je suis curieux et ouvert rapidement, plus je vais gagner du temps ensuite dans la compréhension des enjeux et l’appropriation du changement. En fait, c’est comme une vague que je vois arriver de loin et sur laquelle je suis par conséquent prêt à surfer dessus. A l’inverse, si je ne suis pas curieux, je ne la vois pas arriver. Et même quand je la vois arriver, je peux m’enfoncer dans mon déni en espérant que ça passe. Mais dans tous les cas, la vague va finir par m’emporter. Et là, je vais devoir redoubler de temps et d’énergie pour me sortir de cette situation..

Il en est de même pour la curiosité envers soi et les autres. Plus on se connait, plus on est alignés, plus on gagne en énergie et efficacité. Plus on connait les autres, mieux on sait se comprendre et travailler ensemble. C’est un temps investi en amont qui fait indéniablement gagner beaucoup de temps par la suite. C’est ce qu’Elodie, assistante sociale dans un hôpital raconte dans cette interview.

Finalement, la question n’est pas le temps, mais là où on décide de mettre son énergie. Est-ce dans le fait de maintenir ce qui existe déjà aujourd’hui ou dans le fait de préparer ce qui va arriver demain ?

Vous voyez la curiosité est à la fois naturelle et contre-nature. Si on ne la cultive pas volontairement, elle peut s’éteindre. Et ce, d’autant plus en entreprise, lieu où les égos s’expriment, où on apprend davantage à convaincre qu’à douter de ses idées, où on affirme plus qu’on ne pose de question, où on parle plus qu’on écoute etc…

Alors, finalement, au regard de tous ces obstacles et freins à la curiosité, diriez-vous que vous êtes un peu, moyennement, très curieux, trop curieux ou pas du tout ?

Infographie freins à la curiosité

Le sujet vous intéresse ? Vous aimeriez en savoir + et partager tout cela dans votre entreprise ? Alors, la conférence la curiosité : cette qualité qui nous fait si souvent défaut est faite pour vous. Elle tire en effet le fil de tout ce qui est abordé dans cet article 😉

1 réflexion sur “pourquoi ce n’est pas si simple d’être curieux”

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